Vérisme

Réponse à l'argument sur la diversité des courants religieux

Brochure publiée le 29/04/2026. Le document d'origine répond à un athée en particulier, mais toute référence précise a été éliminée pour ne pas nuire à la portée générale du texte.

Il y a un argument athée qui dit que « Tout le monde a une interprétation différente de la Bible, donc le christianisme est faux ».

D'une part, l'athée semble présupposer que l'existence d'interprétations concurrentes implique qu'il n'existe pas de "véritable" interprétation. Or, une telle chose est manifestement fausse. Si je taquine gentiment un ami, il a deux manières d'interpréter mes propos : comme une vraie insulte, ou de manière comique. L'existence de ces deux interprétations opposées ne signifie pas qu'elles se valent toutes dans une sorte de relativisme. L'existence de multiples interprétations d'un livre religieux n'a donc aucune conséquence sur la question de l'existence d'une interprétation correcte.

Une fois cette observation faite, nous devons admettre que l'athée soulève une question légitime : comment savoir quelle est l'intention véritable du rédacteur d'un livre religieux ? Après tout, mon ami peut me demander des explications sur mes taquineries pour être sûr de les interpréter correctement, mais comment une telle chose pourrait-elle être possible dans le cas de la Bible ou du Coran ? Cette question présuppose qu'il est impossible d'entrer en communication directe avec Dieu, par exemple à travers des états mystiques (auquel cas, l'on pourrait bel et bien connaître le sens véritable du texte), mais cette question nous emmènerait trop loin, de telle sorte que nous la mettons de côté pour le moment.

Nous disions donc : comment interpréter correctement un texte religieux, sachant qu'on ne peut pas demander des clarifications à son auteur ? La première solution à ce problème serait que le sens du livre est en quelque sorte évident, et que sa simple lecture conduit à la vérité. Comme le fait remarquer l'athée, une telle vision est manifestement fausse, puisque des interprétations contradictoires de ces textes existent. Une autre solution consisterait à dire que la raison humaine peut arriver à saisir le sens du texte : dans ce cas, l'on créé une méthodologie rigoureuse (liste de sources acceptées, types de raisonnement logiques employés, etc).

Bien entendu, comme la raison humaine n'est pas infaillible, l'on est alors obligés d'accepter une certaine variation dans les interprétations existantes, et l'on compte donc sur la Providence pour "écrémer" au fur et à mesure les interprétations erronées. C'est plus ou moins le cas des écoles juridiques islamiques (et dans une moindre mesure des écoles de pensée hindoues), qui acceptent une variété d'interprétation tant que ces dernières sont basées sur une méthodologie sérieuse. Pour autant, les civilisations islamiques et hindoues gardent une cohérence assez impressionnante : la grande différence qu'il peut exister entre l'islam sénégalais, irakien et indonésien ne semblent pas pour autant les empêcher de tous se considérer musulman. L'idée que la raison humaine peut approcher le sens véritable du texte religieux, donc, peut se défendre.

Cela étant, l'athée cite le cas précis de la Bible et du christianisme, qui diffère de cette approche hindo-musulmane. Les églises dites apostoliques (catholique et orthodoxe) affirment qu'il existe un groupe d'hommes inspirés directement par Dieu en matière de doctrine : si vous les réunissez en un endroit et leur demandez de statuer sur une interprétation, cette interprétation est infaillible. Cette infaillibilité doctrinale (ou, si l'on veut, cette guidance divine) par un rituel qui confère des charismes (des super-pouvoirs, en gros), et notamment la consécration épiscopale. Il existe donc une organisation nettement définie (l'assemblée des évêques), réputée être une autorité suprême en matière d'interprétation, car inspirée par Dieu dans des circonstances précises (les conciles œcuméniques, par exemple). Le cœur du christianisme dit "apostolique" n’est donc pas la Bible, mais bien l'église, qui permet d'interpréter la Bible et d'élaborer correctement la doctrine à partir d'elle. L'interprétation correcte de la Bible se repose sur une autorité extérieure bien délimitée et réputée inspirée par Dieu et qui sert de référente.

D'ailleurs, on sait (du point de vue chrétien) que la Bible est infaillible en tant que texte religieux précisément parce qu'elle a été compilée par l'église : il n'existe pas de sorte de sommaire interne à la Bible qui récapitule quels chapitres en font partie, de telle sorte que le choix d'inclure ou d'exclure tel ou tel livre ne peut provenir que d'une autorité qui lui est supérieure.

Une telle prétention mérite évidemment d'être justifiée, sinon prouvée. Peut-elle l'être ? Sans doute pas au sens de "preuve scientifique", telle que l'entendrait l'athée, mais cette affirmation nous permet de réaliser un certain nombre d'inférences. Par exemple, si cette organisation dispose d'une sorte de super-pouvoir d'interprétation, on s'attendait à ce que ses positions théologiques restent stable dans le temps. Cela tombe bien, puisque des pans entiers de la doctrine des églises dites "apostoliques" (catholiques et orthodoxes) se retrouvent dans des textes de théologiens chrétiens datant d'il y a 1000, 1500 ou 2000 ans. Il est tout à fait possible de lire St Ignace d'Antioche (contemporain des apôtres !), St Augustin, St Thomas d'Aquin et le dernier catéchisme de l'église catholique sans rencontrer d'évolution doctrinale majeure (à la limite, on peut parler d'élaboration). Ce n'est pas un hasard du tout si YouTube regorge de témoignages de théologiens protestants s'étant convertis au catholicisme après une lecture des premiers chrétiens, alors que les protestants ont toujours été persuadés d'être les plus proches du christianisme originel. L'église du IIème siècle ressemble beaucoup, doctrinalement parlant, à l'église du XXIème, et comme disait le cardinal Newman, protestant converti au catholicisme : "faire de profondes recherches dans l'histoire de l'église conduit à renoncer au protestantisme".

Cela est d'autant plus intéressants que nous possédons des groupes-témoins pour contraster l'évolution des églises catholiques et orthodoxes : les protestants, qui ne possèdent pas ce clergé disposant de super-pouvoirs, et les écoles marxistes, qui n'en possèdent évidemment pas non plus. Ces deux groupes passent leur temps à se diviser en sous-groupes plus ou moins microscopiques sur des questions d'interprétation, et leur continuité avec leur géniteur originel est souvent douteuse.

Ceci ne "prouve" rien, du moins pas au sens où l'entend l'athée. Néanmoins, nous voulons souligner à quel point cet individu manque de sérieux et à quel point il est déraciné de sa propre culture : il ne s'est jamais intéressé à l'herméneutique de la religion qui a marqué sa culture d'origine pendant 1500 ans, et s'est employé à une "réfutation" qui n'a de sens que dans un pays protestant comme les États-Unis. Le problème d'interprétation des livres religieux qu'il soulève à déjà été résolu par les églises catholiques et orthodoxes il y a environ 2000 ans ; il a le droit de ne pas croire dans cette solution, mais le problème est qu'il semble ignorer leur existence. L'athée n'a pas fait le strict minimum de recherche sur ce dont il parle, puisqu'il n'a même pas l'air de s'être intéressé au point de vue des gens qu'il critique. Il en va de même, d'ailleurs, lorsqu'il affirme que le bouddhisme est une religion sans dieu(x) : il n'a manifestement jamais entendu parler du bouddhisme Mahayana, qui représente sans doute la bagatelle de 80% des bouddhistes dans le monde (Chine, Japon, Vietnam, Tibet, Bhoutan, Corée). Peut-être devrait-il se renseigner sur Kalachakra ou Avalokiteshvara.

Qu'il ne croie pas en Dieu, c'est son droit, mais quand on passe son temps à se palucher sur la grandeur de La Science, le strict minimum de rigueur intellectuelle serait d'ouvrir un livre d'histoire quand on parle d'un sujet qui sort de son domaine d'expertise. En fait, il y aurait beaucoup à dire sur le manque de formation de l'athée en épistémologie : cet homme n'est pas scientifique, c'est au mieux un technicien. Peut-être aurons-nous l'occasion de le voir ultérieurement.