The Seven Cells of the Uterus: The Doctrine and Its Roots (Compte-rendu)
29/04/2026. Compte-rendu d'un article de Fridolf Kudlien, publié en 1965.
La doctrine des sept cellules de l'utérus est une théorie médicale médiévale qui affirmait, comme son nom l'indique, que l'utérus était divisé en sept cellules, réparties de gauche à droite. La droite est en contact avec le foie, qui est chaud et humide, alors que la gauche est en contact avec la rate, qui est froide et sèche. Les dualités chaud / froid et sec / humide renvoient à la théorie des humeurs, qui dit que les hommes sont plus chauds que les femmes. Ainsi, plus un fœtus se développe sur la droite, plus il sera masculin, et plus il se développe sur la gauche, plus il sera féminin. Ceux qui sont dans la septième cellule, celle du milieu, en ressortent "hermaphrodites", c'est-à-dire intersexes.
Kudlien cherche avant tout à retrouver les origines historiques de cette théorie, dont l'adepte le plus éminent semble avoir été Mondinus. Il commence par dire qu'elle ne se basait pas spécialement sur des observations anatomiques de l'intérieur du corps humain. Que l'utérus puisse porter plusieurs enfants à la fois était un fait bien connu puisque les jumeaux et les triplets sont attestés à toutes les époques, bien que certains aient attaqué la théorie des sept cellules en disant que l'on n'a jamais vu une femme porter plus de cinq enfants en même temps, et donc qu'il ne pouvait y avoir que cinq cellules.
Un autre groupe d'opposants, composé avant tout de Français (Kudlien cite Guy de Chauliac et Henri de Mondeville) mais aussi de Pietro d'Abano et du très influent Avicenne, affirmait qu'il n'y avait que deux cellules. Bien que ses membres aient été des chirurgiens, leurs arguments ne se basent pas non plus sur des observations chirurgicales de l'intérieur du corps des femmes.
À la place, les arguments avancés sont un texte réputé de Galien mais qui en réalité ne l'est sans doute pas, De spermate (à ne pas confondre avec Peri spermatos), ainsi que de la comparaison anatomique avec les animaux venue de l'école de Salerne. (Il cite les médecins Cophon et Richardus, qui étaient de cette école.) Les truies ont sept tétons en moyenne (de chaque côté), et comme Galien disait que le nombre de tétons correspondait au nombre de cellules de l'utérus, on peut en conclure que les truies en ont sept, et donc que les utérus des mammifères en ont sept. L'alternative, que les humains n'en auraient que deux parce qu'ils n'ont que deux tétons, semble avoir été l'opinion authentique de Galien.
La "doxographie" la plus ancienne que l'on ait de l'idée des sept cellules de l'utérus est de Gabriele Zerbi et date de 1502. L'idée que la cellule du milieu génère des hermaphrodites semble être le point le plus obscur.
Kudlien se pose alors la question de savoir si l'on peut identifier des sources antiques. La réponse "simple" est non, mais les Anciens accordaient une grande valeur symbolique au nombre sept, y compris dans le domaine anatomique. Kudlien souligne que Nicomaque de Gérase disait que l'homme éjacule sept fois pendant le coït et que Claude Élien considérait que la truie avait de nombreuses cellules dans son utérus pour la réception de la semence. Si on couple les deux, alors l'homme éjacule sept fois car il y a sept cellules ; la théorie semble avoir été répandue même si on ne la trouve pas exprimée de manière explicite dans le petit nombre de textes qui nous sont parvenus. Kudlien ajoute que le Corpus Hermeticum parle de la Nature qui aurait donné naissance à sept hermaphrodites en même temps, ainsi que de sources plus religieuses sur les sept fils de Japheth ou les sept fils d'Adam.
Cela amène Kudlien à considérait que De spermate date du troisième siècle environ, comme d'autres pseudépigraphies de Galien, dans le bouillonnement intellectuel qu'il y avait à l'époque, mêlant (néo-)pythagorisme, (néo-)platonisme et "gnosticisme" chrétien.
La théorie des sept cellules permettait de répondre à un certain nombre de problèmes : les grossesses multiples, la théorie "droite-gauche", l'analogie entre l'utérus et le nombre de tétons, le symbolisme numérologique et la question de l'intersexualité.
La conclusion de Kudlien est que cette théorie est bel et bien d'origine antique, bien qu'on ne puisse pas la relier à Galien, et qu'elle prédate l'école de Salerne, avec laquelle elle est pourtant couramment associée.
L'article cite également un grand nombre de publications qui semblent du plus grand intérêt. Par exemple, sur la question de la "théorie droite-gauche", il cite comme autorité un livre d'Erna Lesky intitulé Die Zeugungs-und Vererbungslehren der Antike und ihr Nachwirken, dont on peut regretter qu'il soit en allemand, mais qui ouvre des possibilités pour des recherches plus approfondies.