The Counter-Earth (Compte-rendu)
29/04/2026. Compte-rendu d'un article de George Bosworth Burch, publié en 1954.
La théorie de la Contre-Terre est un élément de l'astronomie pythagoricienne qui postule qu'il existerait une autre Terre de l'autre côté du Soleil (ou plutôt du Feu Central), qui tournerait autour de la même manière que notre planète et serait donc toujours invisible pour nous. Cette théorie a notamment été reprise dans la série de romans Gor, qui en est peut-être la manifestation la plus connue à notre époque, même si elle reste limitée à un public de niche.

La Contre-Terre dans sa forme la plus basique, notamment dans la franchise Gor.
Le présent article analyse cette théorie sous l'angle de l'astronomie au sens scientifique du terme, sans prendre en considération le caractère symbolique de la théorie, dont on peut suspecter fortement l'existence compte tenu du reste du corpus pythagoréen. Par exemple, il ouvre son article en disant que, bien que certains aient voulu expliquer les éclipses lunaires par la Contre-Terre, cette hypothèse n'expliquerait rien en réalité.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, Burch prend le temps de répondre à ceux qui disent que le Pythagorisme n'est qu'une invention littéraire des siècles suivants sans existence historique réelle en citant les éléments permettant de conclure que ce mouvement fut bel et bien une réalité. Comme nous nous attendons à ce que nos lecteurs acceptent déjà le Pythagorisme comme étant une réalité historique (du moins pour ceux qui sont familiers avec cette école), nous ne nous attarderons pas sur son argumentaire.
Burch considère que Philolaos, qui est celui dont le nom est le plus associé à la théorie, croyait que la Terre était plate (comme un grand nombre de présocratiques, d'après lui) et tournait autour du "feu central", qui serait le soleil. Elle tournerait de manière à ce que le côté de la Terre plate sur lequel nous vivons serait toujours à l'opposé du feu central, de telle manière qu'on ne le verrait jamais. À la place, une sorte de grand miroir tournerait lui aussi autour du feu central et nous reflèterait parfois sa lumière. Ce serait le soleil visible, qui serait donc différent du soleil réel.
La Terre plate serait très proche du feu central alors que les autres astres seraient beaucoup plus éloignés. Burch considère que cet élément sert à minimiser les différences de parallaxes entre le modèle héliocentrique des Pythagoriciens et le modèle géocentrique qui dominait à l'époque.
Burch cite quelques points sur lesquels la théorie est difficile à réconcilier avec les observations, mais les excuse soit en disant que les phénomènes en question étaient mal connus à l'époque, soit en disant que la théorie peut être facilement modifiée pour s'y accomoder. Il note entre autres que les Pythagoriciens ayant succédé à Philolaos ont utilisé une Terre sphérique plutôt qu'une Terre plate, ce qui rendait le modèle plus simple et élégant.
Il considère que Philolaos est l'auteur de la deuxième grande avancée de l'histoire de l'astronomie, à savoir que le mouvement apparent des astres s'explique en partie par le mouvement de l'observateur. (La première est que la Terre flotte dans l'espace sans être soutenue par rien.) Il lui manquait cependant la troisième grande avancée, qui est que la Terre est une sphère. Cette interprétation fait du modèle astronomique du philosophe une étape importante dans le développement (linéaire) des sciences.
Les Anciens ne pensaient pas que les astres étaient matériels au même titre que la Terre mais qu'ils étaient faits d'éther. Ils n'avaient donc pas spécialement de poids. En revanche, la Terre en avait un. Comme chez Philolaos, elle tourne autour d'un autre astre, alors il fallait qu'il existe une autre planète solide pour faire contre-poids et que leur centre de gravité commun corresponde au point autour duquel la Terre gravitait effectivement. Il s'agit donc d'un élément dont l'inclusion dans le système est parfaitement raisonnable, voire nécessaire.
De plus, la Contre-Terre permet de porter le nombre d'objets célestes dans le système pythagoricien à dix : (1) Mercure, (2) Vénus, (3) Mars, (4) Jupiter, (5) Saturne, (6) Lune, (7) Soleil visible, (8) Feu Central, (9) Terre, (10) Contre-Terre. On sait que les Pythagoriciens considéraient 10 comme le nombre parfait car il correspond à la somme 1 + 2 + 3 + 4. Il y a donc probablement une portée symbolique, bien que Burch ne s'attarde pas dessus.
Burch juge très positivement la valeur scientifique de la théorie de Philolaos dans son contexte. Nous reproduisons ici certains passages qui sont tout à fait clairs :
Cependant, la théorie de Philolaos est très similaire, on pourrait presque dire équivalente en substance, à la théorie d'une Terre sphérique en rotation. Il faut juste réinterpréter la "Terre" de Philolaos comme désignant les parties connues de la surface de la Terre, sa "Contre-Terre" comme désignant les antipodes, son "Feu Central" comme désignant le centre de la Terre (qui est encore souvent considéré comme très chaud), et sa "révolution de la Terre et de la Contre-Terre" comme désignant la rotation de l'ensemble de ce système, pour arriver à la théorie actuelle. Il faut rajouter des choses dans certaines parties, mais il n'est pas nécessaire d'omettre ou de nier la moindre partie de l'enseignement de Philolaos.
Nous pouvons conclure que la théorie d'une Contre-Terre, loin d'être inintelligible ou fantaisiste, est parfaitement intelligible en tant qu'hypothèse strictement scientifique. Rendue indispensable par les nécessités mécaniques de la cosmologie de Philolaos, elle constituait une partie essentielle d'une étape essentielle dans le développement de notre compréhension de l'univers physique. D'abord, la Terre fut reconnue comme étant "un corps céleste que rien ne portait". Ensuite, la Terre fut reconnue comme la source du mouvement apparent des cieux par son propre mouvement journalier. Troisièmement, il fut reconnu que ce mouvement implique une forme sphérique. La Contre-Terre, superflue dans la première et la troisième étape, était une partie nécessaire de la seconde.
À strictement parler, la théorie de la Contre-Terre n'est pas seulement intelligible, mais vraie. La Contre-Terre, c'est-à-dire les antipodes, existe bel et bien. Philolaos s'est trompé, non pas en inferrant son existence, mais en supposant que l'espace qui la sépare de la Terre est vide, alors que l'on sait qu'il est rempli de roche solide.
On peut reprocher à Burch d'avoir une vision linéaire et progressiste de la science et de n'aborder la cosmologie de Philolaos qu'en tant que modèle mécanique censé expliquer certains phénomènes sensibles. Cette approche a certainement ses limites, et une prise en compte des aspects symboliques du modèle aurait été appréciable. Cependant, il produit sans doute la lecture la plus généreuse qu'il soit possible de faire en partant de tels postulats, faisant du système du philosophe une hypothèse scientifique tout à fait raisonnable et ayant contribué de manière significative au progrès de l'astronomie.