Le crépuscule de la science
Brochure publiée le 29/04/2026.
Table des matières
- Avant-propos
- Introduction
- Chapitre 1 : La Grande Stagnation
- Chapitre 2 : La crise de la reproductibilité
- Chapitre 3 : Le mythe de la méthode
- Chapitre 4 : Pour une contre-révolution copernicienne
- Conclusion
Avant-propos
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Les brochures véristes sont une série de documents visant à aider ceux qui veulent se joindre à notre combat par le partage d’informations. Nous encourageons ceux qui ne nous connaissent pas à se renseigner avant de les lire.
Pour résumer, nous considérons que l’écologie profonde est la problématique la plus urgente de notre temps et que sa cause est la vision du monde matérialiste qui est dominante à notre époque. Pour faire face à cette crise, nous appelons à la formation d’une élite qui fondera un réseau de villages susceptible de résister à l’effondrement à venir et de faire surgir une nouvelle civilisation de ses cendres. Celle-ci aura nécessairement pour socle une spiritualité authentique.
Ces brochures ont donc deux objectifs. Le premier est de résumer notre position sur un ensemble de sujets afin que nos membres et sympathisants puissent se faire une idée claire de notre projet de société. Sans projet commun, l’action commune n’est pas possible ; il faut donc se coordonner et s’organiser. Le second est de leur donner des outils pour contribuer efficacement à la réalisation de notre grand projet.
Bien que le public cible soit nos membres et sympathisants, le contenu de ces brochures n’est pas secret. Elles peuvent être lues par n’importe qui souhaitant se renseigner sur notre mouvement.
La reproduction et la copie de ces brochures est autorisée aux conditions suivantes : que le texte ne soit pas modifié, qu’il soit explicitement attribué au mouvement vériste, et que la distribution n’engendre aucun profit.
Introduction
Les Modernes sont particulièrement fiers de leur science. Cela se voit dans la facilité avec laquelle ils la désignent comme étant ce qui, chez eux, fait office de religion. Ils s’en servent pour justifier leur supériorité sur leurs ancêtres et les peuples "en voie de développement" : ils étaient peut-être plein de bonne volonté, mais ils n’avaient pas accès aux connaissances scientifiques, qui s’accumulent de manière linéaire. Le monde est donc fondamentalement "injuste", ceux qui naissent plus tard sont avantagés par le progrès scientifique. Le passé ne peut pas être à la hauteur du présent. L’exemple le plus frappant de cela est, encore une fois, le remplacement des "mythologies" supposément naïves et infantiles du passé par la connaissance mature et rigoureuse accessible à notre époque.
Pourtant, cette idolâtrie de la science cohabite avec une méconnaissance presque totale de ses méthodes et de ses découvertes. Combien d’entre eux savent comment elle fonctionne en pratique, au-delà du cliché de faire des expériences ? Combien savent ce qu’est une expérience en double aveugle, ou comment on calcule la valeur P d’un résultat ? De même, s’ils étaient soudainement transportés dans le passé, combien de nos contemporains seraient capables d’expliquer le fonctionnement de l’électricité ou des antibiotiques avec assez de précision pour les reproduire ?
On pourrait penser que cette situation est paradoxale, mais elle est au contraire tout à fait normale. C’est justement parce que les modernes n’ont qu’une connaissance très vague de la science, ne voyant en elle qu’une productrice de prodiges et ignorant ses limitations, qu’ils peuvent ainsi la placer sur un piédestal et l’entourer d’une telle vénération.
La présente brochure vise à rectifier ce problème en exposant les limites de la science contemporaine, qui sont bien connues des spécialistes,1 mais beaucoup moins du grand public.2
1. Les spécialistes dont on parle ne sont pas tous les scientifiques sans distinction mais plutôt ceux qui étudient cette question en particulier, ce qui inclut certains philosophes. Tout le monde comprend que, pour connaître le fonctionnement du jeu de la roulette, l’avis d’un statisticien est plus pertinent que celui d’un ébéniste, bien qu’elle soit faite de bois. Pour la même raison, ce n’est pas parce que les scientifiques font la science qu’ils connaissent vraiment son fonctionnement global.
2. Cela dit, nous ne nous adressons pas non plus au grand public à proprement parler mais seulement à ceux que le sujet intéresse et qui ont la formation nécessaire pour suivre nos arguments. Nous serions surpris qu’ils constituent plus de 1 % de la population.
Chapitre 1 : La Grande Stagnation
Nos contemporains croient bien souvent en un progrès scientifique sans fin. Ils ont une foi considérable en sa capacité à résoudre tous les problèmes possibles et imaginables. Cela se reflète dans la science-fiction, pleine de scénarios hypothétiques où la technologie rendrait caduque telle ou telle limite physique. Par exemple, la téléportation abolirait la distance. Cette foi leur permet de dormir sur leurs deux oreilles : la science est toute-puissante, elle résoudra tôt ou tard les problèmes auxquels fait face la civilisation industrielle.3
Il s’avère que cette croyance est tout à fait testable empiriquement. La science offre elle-même les outils pour évaluer sa capacité de continuer à produire des solutions technologiques. C’est une bonne nouvelle puisque cela signifie que ces résultats devraient être acceptés par les modernes, sous peine de contradiction. Par contre, la mauvaise nouvelle est que les résultats ne vont pas du tout dans le bon sens. Au cours des dernières décennies, les progrès scientifiques ont considérablement ralenti, et rien ne semble arrêter cette tendance. Alors que l’on a de plus en plus besoin de solutions technologiques, celles-ci s’avèrent de plus en plus difficiles à produire.
Cela saute aux yeux de ceux qui connaissent l’histoire des avancées techniques.4 Les années 20 et 30 ont vu l’apparition de l’aviation civile, des réfrigérateurs et des théories d’Einstein. À titre de comparaison, la principale technologie à avoir actuellement un impact transformateur sur nos vies est l’informatique, mais ce n’est qu’une amélioration des ordinateurs des années 60. De plus, son impact dans la production économique semble nul.5 Peter Thiel, le célèbre cofondateur de PayPal, a résumé cette impression générale en disant « on nous avait promis des voitures volantes, on ne nous a donné que 140 caractères », en référence à la taille limite des messages sur Twitter.
Bien sûr, il est difficile de quantifier l’importance des découvertes. Une étude informelle a malgré tout été tentée dans ce sens, en demandant à des scientifiques de noter l’impact de différentes découvertes s’étant vu attribuer le prix Nobel.6 Voici les résultats pour la physique :

On voit qu’il y a eu un grand âge d’or dans les années 20, puis un plus petit dans les années 60, suivi d’un déclin. L’étude s’arrête aux années 80 car les prix Nobel récents ont été attribués pour des découvertes datant des années 70 et 80. Au moment où l’étude a été faite, seules trois découvertes datant d’au moins les années 90 s’étaient vu attribuer des prix Nobel, ce qui est une quantité trop faible pour faire une estimation sérieuse. En revanche, le fait que les années récentes soient celles que le comité Nobel préfère le plus sauter est déjà très parlant en soi, d’autant que les années 70 et 80, vers lesquelles il se tourne, n’étaient pas si giboyeuses que cela. Il y a donc bel et bien une diminution des découvertes majeures, ce n’est pas qu’une impression.
On nous objectera que, même si le rythme des découvertes de grande ampleur a diminué, il y a malgré tout une diminution dans l’amélioration des techniques existantes. Par exemple, la puissance des processeurs continue d’augmenter, tout comme les rendements agricoles, alors que la mortalité décline. Il s’avère que ces exemples ont justement été étudiés dans le cadre d’une autre publication.7 Il est vrai que les résultats sont positifs dans l’ensemble, mais le bémol est que le nombre de chercheurs a considérablement augmenté lui aussi. Il faut de plus en plus de chercheurs, et donc de fonds et d’efforts, pour maintenir un taux de progrès constant, voire déclinant. La science obtient de moins en moins de résultats par dollar investi, et cet effort n’est contre-balancé que par une augmentation constante et colossale des investissements.
Données pour les processeurs :

Données pour l’agriculture :

Données pour la médecine :

Ce ne sont pas les seuls indicateurs dont parle l’étude, et la littérature sur ce sujet ne se limite pas à cette étude de toute façon. Comme autres indicateurs importants, on peut citer le fait que l’âge moyen des chercheurs lors de leur première publication augmente, les doctorats deviennent plus longs, les inventeurs déposent en moyenne moins de brevets par tête, les équipes de chercheurs grossissent, et elles mettent de plus en plus longtemps à publier leurs premiers résultats dans des revues à comité de lecture.8 Par exemple, quand Ernest Rutherford a découvert les noyaux atomiques en 1911, il a publié sa découverte seul. En revanche, la publication annonçant l’observation du boson en Higgs en 2012, soit environ un siècle plus tard, comptait un bon millier de co-auteurs. De plus, il n’a été découvert que grâce à l’équipement du CERN, très complexe et coûteux, auquel Rutherford n’avait évidemment pas accès.
Les chiffres sont donc tout à fait clairs : nous assistons à un ralentissement de la science. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce phénomène, mais on peut les diviser en deux grandes catégories : d’un côté, celles qui disent que l’on ferait mal quelque chose, et donc que le problème serait corrigeable, et de l’autre, celles qui disent que l’on se rapproche de certaines limites, et donc que l’on est bel et bien en train d’attendre la fin de ce qui est connaissable par la méthode scientifique, ou au moins que l’on s’en rapproche dangereusement.9
Ces limites pourraient être de l’ordre de la connaissance humaine. Au fur et à mesure que les données s’accumulent, il est de plus en plus difficile de toutes les maîtriser. C’est notamment pour cela qu’il n’y a plus de "polymathes", de génies touchant à tous les domaines, comme il y en avait durant la Renaissance et d’autres périodes similaires. À la place, nous assistons à une spécialisation toujours croissante, ce qui explique au moins en partie le ralentissement.
Cela dit, il est possible que l’on ait aussi atteint des limites physiques. Pour comprendre cela, nous pouvons faire une métaphore. Lors de l’âge de l’exploration, il était assez facile de tomber sur des ruines importantes ou des sites naturels grandioses. Aujourd’hui, il faut déployer de plus en plus d’efforts pour trouver même juste quelques petites ruines discrètes. On peut penser que, de même, là où la découverte des atomes a révolutionné la chimie, une telle transformation en profondeur n’est plus possible, même en allant vers des subdivisions de la matière toujours plus petites. Le quantique a quelques applications technologiques, mais c’est un domaine mal compris est difficile à manier. L’électricité a été une grande découverte, mais est-ce qu’il y a encore une cinquième force fondamentale dont on ignorerait l’existence,10 et qui pourrait avoir le même impact ? Le charbon et le pétrole se sont avérés être d’excellents combustibles à une échelle industrielle, mais c’est aussi parce qu’il y en avait de vastes réserves facilement accessibles. Quelles sont les chances que nous soyons passés à côté d’un autre matériau aussi intéressant et abondant ?
Le problème est que, quand on y réfléchit, tout est comme ça. On doit de plus en plus passer la jungle au peigne fin pour trouver quelques tessons de poterie, ce qui demande de plus en plus de personnel qualifié pour de moins en moins de résultats. L’époque où un explorateur seul pouvait découvrir un gigantesque temple maya est bel et bien terminée.11
3. Par exemple, certains estiment que la fusion nucléaire résoudra les problèmes énergétiques, ce qui est un acte de foi en notre capacité à résoudre les problèmes auxquels cette technologie se heurte actuellement. C’est aussi un signe de naïveté économique : le coût des centrales à fusion s’annonce si prohibitif qu’il est virtuellement certain que nous n’en construirons de toute façon jamais. À ce sujet voir l’article "Why fusion will never happen" de Maury Markowitz.
4. À titre d’illustration, un homme a fait un diagramme présentant les avancées technologiques ayant eu lieu durant sa vie et celle de sa grand-mère. Le même phénomène a également été commenté par l’ingénieur Scott Locklin dans l’article "The Myth of Technological Progress".
5. Les économistes appellent cela le "paradoxe de la productivité" : l’âge de l’informatique est visible partout dans nos vies, sauf dans les statistiques de production.
6. La source est l’article "Science Is Getting Less Bang for Its Buck" publié dans The Atlantic. Des sondages similaires ont été effectués pour la chimie et la biologie, mais nous les avons omis pour des questions de place.
7. La publication en question s’intitule "Are Ideas Getting Harder to Find?".
8. Nous renvoyons le lecteur à la bibliographie de la publication précédente.
9. Les deux ne sont pas incompatibles mais il s’agit de déterminer laquelle des deux réponses correspond au phénomène principal. Par exemple, parmi les problèmes corrigeables, certains citent la course à la publication et la nécessité du travail en équipe, mais ces facteurs ne permettent pas d’expliquer la baisse de productivité des entreprises, par exemple dans le domaine des microprocesseurs, ou des ingénieurs, mesurée par le nombre de brevets par tête.
10. Les quatre forces fondamentales sont la gravité, l’interaction nucléaire forte, l’interaction nucléaire faible, et l’électromagnétisme. Les équations de Maxwell doivent être considérées comme l’une des découvertes les plus importantes de la science moderne, et elles datent de la fin du XIXe siècle.
11. Certes, il arrive encore que l’on trouve une nouvelle ville souterraine en Cappadoce, mais c’est parce que certaines régions sont moins explorées que d’autres. De même, dans les sciences, la génétique et l’informatique sont des deux régions où la recherche semble le plus porter ses fruits. Cependant, quelques contre-exemples ne suffisent pas à annuler la tendance d’ensemble, et même dans ces domaines, les coûts explosent. Même si les biologistes parvenaient à produire un changement majeur, par exemple une augmentation radicale de l’espérance de vie, ce qui n’est pas impossible, cela ne suffirait pas à inverser la tendance générale.
Chapitre 2 : La crise de la reproductibilité
La crise que travers actuellement la science trouve une puissante illustration dans la reproductibilité des expériences. Le propre de la méthode scientifique est de se reposer sur des expériences plutôt que des raisonnements, des citations d’auteurs illustres, ou n’importe quelle autre méthode. Celles-ci peuvent être reproduites par toute personne ou organisation en ayant la capacité financière, ce qui n’est déjà pas évident à cette ère d’augmentation des coûts — il est impossible de reproduire les expériences du CERN sans accélérateur de particules. Dans ces conditions, lorsque l’on tente de reproduire une expérience et que l’on obtient autre chose que le résultat annoncé, il y a une remise en question du résultat. Cependant, que se passe-t-il quand cela ne se produit pas juste de temps en temps, mais pour la plupart des expériences et publications ?
C’est la question qui a été soulevée par le méta-scientifique John Ioannidis dans un essai de 2005 intitulé "Pourquoi la plupart des découvertes scientifiques sont fausses". Celui-ci a fait l’effet d’une véritable bombe : on ne peut pas faire confiance aux résultats scientifiques car, en moyenne, les tentatives pour les reproduire échouent. Deux domaines ont immédiatement pris le problème très au sérieux : la psychologie et la médecine. D’autres sont affectés, comme la chimie, la biologie, les sciences de la terre et de l’environnement, et même la physique et l’ingénierie.12 Le problème est plutôt que ces domaines ne prennent pas la crise de la reproductibilité au sérieux, donc ils ne cherchent pas à faire d’auto-critique, mais il ne faudrait pas en conclure pour autant qu’ils ne sont pas concernés. Il est probable que toutes les disciplines soient touchées à un niveau ou un autre.
L’idée dominante pour sortir de cette crise est que la façon dont nous faisons de la science n’est pas assez stricte. Elle l’était assez par le passé, nous ayant permis d’obtenir le noyau atomique de Rutherford, la relativité générale d’Einstein, les équations de Maxwell, etc., mais il semble que ce ne soit plus le cas aujourd’hui, ce qui est un signe de plus des difficultés croissantes à réaliser des progrès. En tout cas, des suggestions ont été avancées pour mitiger le problème, comme d’utiliser des échantillons de population plus gros pour éviter les résultats dus au hasard,13 ou le pré-enregistrement des études pour éviter le biais de publication,14 mais de telles mesures rendraient la recherche encore plus lente et encore plus coûteuse.
Qui plus est, il n’est même pas certain que cela suffise à nous sortir de cette crise. Comme l’a fait remarquer un commentateur,15 ces mesures visent surtout à éviter de « confondre le bruit et le signal », c’est-à-dire de confondre des résultats dus à un coup de chance avec un vrai phénomène. Or, ce n’est qu’un problème parmi d’autres. Il y a aussi la question de la conception des expériences, ou encore celle de la fraude, qui se heurte à certains tabous sociaux, aucun scientifique n’ayant envie d’accuser ses collègues.
Dans le même essai, l’auteur s’attaque à l’idée naïve que les méta-analyses suffiraient à régler le problème. En effet, elles souffrent d’un problème important résumé par la phrase anglaise « garbage in, garbage out » (GAGO), que l’on pourrait rendre en français par « on ne peut pas manger de la merde et chier des roses ». L’idée est que, si une méta-analyse se repose sur de mauvaises études, la fiabilité du résultat en sera fortement impactée. La qualité d’une méta-analyse dépend donc directement de celle des études qu’elle prend en compte. Bien sûr, il y a aussi des problèmes plus simples comme le biais de publication,16 mais même les meilleures méta-analyses souffrent du GAGO. L’auteur n’est d’ailleurs pas le seul à le dire, c’est une critique très courante.17
On se trouve donc dans une situation où on ne peut plus se fier à la méthode scientifique ou à la recherche pour nous donner des résultats fiables et crédibles.18 Il y a une grande part de jugement personnel pour déterminer ce qui est vrai ou non, aussi bien de la part du "grand public" que des experts eux-mêmes. La situation est particulièrement grave car c’est précisément pour ne plus avoir à se reposer sur des jugements personnels biaisés qu’il avait été décidé de se reposer sur des expériences. C’est le bien-fondé de toute la méthode scientifique qui est remise en cause.
De nos jours, l’intelligentsia aime beaucoup se plaindre que nous vivrions dans une société "post-vérité" car on assiste à une augmentation de la méfiance envers les institutions. Bien sûr, cette méfiance ne sort pas de nul part. Les institutions nous ont prouvé encore et encore qu’on ne pouvait pas leur faire confiance. Cela dit, dans le cas de la science, la situation est légèrement différente : c’est elle-même qui nous met en garde contre ses propres résultats. Ceux qui se méfient des institutions sont donc plus proches du consensus scientifique sur la question que ne le sont les adorateurs naïfs de l’intelligentsia qui s’acharnent à la traiter comme un clergé infaillible.
12. Voir l’article "1,500 scientists lift the lid on reproducibility" de Monya Baker.
13. Par exemple, si un médicament n’est testé que sur une trentaine de personnes, il est tout à fait possible qu’ils aient l’air de très bien y répondre pour une raison qui n’a rien à voir, par exemple parce que les patients qui ont reçu le médicament étaient en meilleure santé générale que ceux qui ont reçu le placebo. En revanche, si le médicament est testé sur des milliers de personnes, la loi des grands nombres lisse ces différences et fait disparaître le problème.
14. Les auteurs et les journaux préfèrent publier des résultats positifs, ce qui fait que les études ayant des résultats négatifs sont très largement sous-représentées. Associé à la crise de la reproductibilité, cela empire le problème en faisant que les tentatives de réplications qui échouent ne sont pas publiées. C’est donc plus compliqué de repérer les mauvaises études.
15. Il s’agit de l’essai "The Control Group is Out of Control" de Scott Alexander, qui traite de la crise de la reproductibilité en général.
16. Si les résultats négatifs ne sont pas publiés, les méta-analyses risquent de surévaluer la positivité des résultats. Une bonne méta-analyse doit faire de grands efforts pour déterrer toutes les tentatives de reproduction, surtout celles qui n’ont pas été publiées, ce qui demande de grands efforts.
17. La page du Wikipédia anglais sur les méta-analyses contient une longue section dédiée à leurs limites, dont l’une des sous-sections se nomme "Comparabilité et validité des études incluses".
18. Bien sûr, il y a des contre-exemples. Certaines expériences se reproduisent très bien. Les données sur l’origine humaine du réchauffement climatique sont étonnamment solides compte tenu de la crise générale, par exemple.
Chapitre 3 : Le mythe de la méthode
Jusque-là, nous avons traité la "méthode scientifique" comme quelque chose de réel et de solide, qui impliquerait notamment de faire des expériences. Cela reflète adéquatement la façon dont les gens conçoivent la science aujourd’hui, mais c’est une vision qui a été puissamment remise en question par les méta-scientifiques, en particulier les philosophes des sciences.
Des recherches visant à établir ce qui constitue effectivement la méthode scientifique ont notamment été entreprises afin de déterminer le "critère de démarcation" qui sépare les domaines sérieux des pseudo-sciences. On dit de ces dernières qu’elles ressemblent à des sciences mais qu’il leur manque une composante essentielle, ce qui fait qu’elles n’en sont pas vraiment. Quelle est cette composante ?
Tout d’abord, il faut voir que ça ne peut pas être l’expérimentation, puisque certaines sciences, comme l’histoire et la paléontologie, en sont dépourvues. En revanche, la parapsychologie est tout à fait expérimentale. L’insistance sur les expériences vient du fait que, parmi les sciences, la physique est entourée d’une aura particulière et considérée comme une sorte de prototype ou d’archétype, comme la science par excellence, de par sa capacité à produire des applications techniques impressionnantes. Pour cette raison, beaucoup associent aujourd’hui le terme de "science" les éléments clés de la modernisation de la physique : l’expérimentation,19 l’usage intensif des mathématiques et la figure de Galilée. Pourtant, si les choses avaient fait que l’on se concentre plutôt sur l’histoire comme prototype des sciences, les associations d’idées seraient très différentes et on aurait une vision de la méthode scientifique qui n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Pourtant, l’histoire reste une science au même titre que la physique, et si l’on doit définir un critère de scientificité, il faut qu’il s’applique aux deux.
La tentative la plus aboutie fut celle de Karl Popper. Son idée était que c’est la falsification qui fait la scientificité. Une théorie physique est falsifiée si une expérience vient la contredire, une théorie en histoire si de nouveaux documents ou artefacts font la même chose. Ce qui distingue la science de la pseudo-sciences, c’est donc que la première s’ouvre à la possibilité d’être réfutée alors que la seconde se blinde contre elle.
Le problème avec ce modèle est que les sciences ne fonctionnent jamais comme cela en pratique. Si les théories pouvaient être "falsifiées" aussi facilement, beaucoup l’auraient été. En physique, l’incompatibilité entre la mécanique quantique et la relativité générale est notoire,20 tout comme l’est la difficulté de cette dernière à bien calculer la gravité à grande échelle.21 C’est également vrai dans d’autres domaines. Par exemple, Darwin considérait que sa théorie de l’évolution avait été plus ou moins réfutée par ce qu’il qualifiait de "mystère abominable" : l’apparition soudaine, dans les traces fossiles, des fleurs, avec tout de suite une grande diversité et des formes modernes. Autrement dit, il n’y a pas d’histoire évolutive des fleurs, elles sont apparues "du jour au lendemain" déjà formées. Ce problème persiste dans les théories plus récentes, qui se sont pourtant éloignées de Darwin.22 Or, dans aucun des cas cités la falsification n’a mené au rejet de la théorie ; on a considéré ces contradictions comme des problèmes ouvertes et on a continué le travail de recherche, se disant que l’on finirait bien par les résoudre un jour.
En fait, les scientifiques se comportent comme si leurs modèles étaient des cartes.23 Du moment qu’une carte permet de se déplacer efficacement sur un pan de territoire, on ne la jette pas, même si elle présente certains problèmes. La seule raison de la jeter serait d’avoir une meilleure carte pour le même territoire. Par exemple, l’évolution permet de réunir de grands pans du vivant sous un même modèle : répartition géographique des espèces, organes vestigiaux, etc. Pourquoi la rejeter sous prétexte qu’elle n’expliquerait pas tout, si l’on n’a rien à mettre à la place ? De même, la mécanique quantique et la relativité générale correspondent toutes deux à des pans de réalité différents. Quant bien même elles sont incompatibles, serait-il bien sage de les jeter, alors que l’on peut continuer à utiliser l’une et l’autre dans son domaine de prédilection ?
D’ailleurs, on peut noter que la phrase, célèbre parmi les scientifiques, qui dit que « tous les modèles sont faux mais certains sont utiles » signifie exactement cela. La carte n’est pas le territoire, et l’acte même de cartographier nécessite des distorsions, des simplifications et le recours à une notation plus conventionnelle que naturelle. Il ne faut donc pas trop s’inquiéter du fait que les modèles ne correspondent pas toujours aux faits mais plutôt les juger par leur capacité à en "expliquer" certains. Cependant, cette capacité d’explication ne peut pas être réduite à la faculté de faire des prédictions qui seraient testables empiriquement, comme expliqué plus haut. Le problème étant que cette approche n’offre aucun outil qui permettrait de dire que, par exemple, l’évolution est une science alors que la parapsychologie est une pseudo-science. Les deux sont des cartes qui contiennent un certain nombre de "problèmes ouverts".
Tout cela nous amène à la conclusion qu’il n’y a pas de critère pour distinguer les sciences des pseudo-sciences, puisque toutes les tentatives pour en établir un ont échoué. Quand quelqu’un déclare qu’un domaine est "pseudo-scientifique", il ne fait qu’exprimer une impression personnelle ou une distinction purement sociale de respectabilité. Il n’est pas arrivé à cette conclusion par une quelconque méthode reproductible dont on pourrait suivre les étapes logiques.24 Comme conséquence directe de cela, la liste des domaines considérés respectivement comme des vraies sciences ou des pseudo-sciences a été composée de manière arbitraire et se maintient avant tout en fonction de l’influence sociale des uns et des autres.
C’est quelque chose qu’il est bon de rappeler car, au fur et à mesure que la science ralentit, elle a également tendance à se "solidifier" : d’une méthode dynamique de recherche de la vérité, elle devient un corpus figé. Certains, principalement les vulgarisateurs,25 s’attribuent facilement le rôle de gardiens de ces nouveaux dogmes et chassent les hérétiques avec un zèle inquisitorial qui semble souvent assez démesuré compte tenu du manque d’enjeux.26 Le peu d’autorité qu’ils sont parvenus à se construire est illégitime et usurpé, et il est bon de le rappeler.
19. Il faut d’ailleurs souligner l’ignorance crasse de ceux qui croient que l’idée de faire des expériences n’aurait été découverte qu’à l’époque moderne, alors qu’on la trouve déjà dans la Bible, avec l’épisode où le prophète Elijah s’oppose aux prêtres de Baal. Faut-il prendre nos ancêtres pour des ânes pour croire sincèrement qu’une chose aussi simple ne leur aurait jamais traversé l’esprit !
20. Comme exemple d’incompatibilité, l’astrophysicien Stephen Hawking est surtout célèbre pour son paradoxe de l’information. La mécanique quantique dit que tout processus physique peut en principe être annulé alors que la relativité générale consiste que la destruction de l’information par les trous noirs est irréversible.
21. Nous voulons parler de la "matière noire". La gravité est calculée en fonction de la masse, mais à l’échelle des galaxies, les calculs de la relativité générale ne donnent pas de bons résultats. Il faut artificiellement augmenter la masse des galaxies pour obtenir les bons résultats, et cette différence est appelée "matière noire".
22. Voir l’article "New light shed on Charles Darwin's 'abominable mystery'" d’Helen Briggs, qui se conclut notamment sur ceci : « Le mystère a-t-il été résolu ? Pour faire court, non. "140 ans plus tard, le mystère est toujours épais," dit le Prof. Buggs. "Bien sûr, on a fait beaucoup de progrès dans notre compréhension de l’évolution et notre connaissance des fossiles, mais ce mystère est toujours là." »
23. C’est la seconde foi dans cette brochure que nous utilisons la géographie comme illustration. C’est peut-être elle, plutôt que la physique, qui devrait être considérée comme le prototype des sciences naturelles. Notons cependant que ce n’est pas une science expérimentale.
24. Wikipédia se rend souvent coupable de cela, en déclarant qu’un domaine est "pseudo-scientifique" sans prendre en compte la vacuité de ce terme. Pourtant, la page en anglais sur le problème de la démarcation admet qu’il n’y a pas de critère, ni même de liste de critères.
25. Les scientifiques sont rarement impliqués eux-mêmes dans ce genre d’affaires. Ils sont souvent déjà pris par les querelles hurlantes de leurs propres disciplines, mais il faut aussi noter que ceux qui ont voulu corriger les vulgarisateurs se sont souvent vus montrer la porte. Par exemple, les politiques de Wikipédia excluent les sources directes telles que les blogs d’experts, préférant un grand nombre d’articles de journaux (les journalistes sont des vulgarisateurs) plutôt que l’avis éduqué d’un expert. Autrement dit, il y a un biais en faveur des vulgarisateurs et contre les experts, ce qui va dans le sens de la thèse que ce sont les premiers qui s’érigent en prêtres de la science à l’exclusion des seconds.
26. On peut reprocher beaucoup de choses à l’Inquisition catholique, mais certainement pas d’avoir perdu son temps dans des querelles sans enjeux. Même la crise de la sorcellerie, souvent accusée à tort de n’avoir eu aucune base solide, a éclaboussé les plus hautes sphères de la monarchie française lors de l’affaire des poisons. Nous disons cela pour clarifier que, lorsque l’on dénonce l’aspect pseudo-religieux de la science moderne, c’est bien le "pseudo" qui pose problème. Les vulgarisateurs se prennent pour ce qu’ils ne sont pas, et c’est ce qui les rend ridicules.
Chapitre 4 : Pour une contre-révolution copernicienne
Il ne faut pas croire que nous ayons écrit ce qui précède avec un quelconque plaisir. L’image conventionnelle de la science a certes ses défauts, mais elle a aussi des forces. Notamment, elle a pour force une certaine capacité à déployer des applications technologiques et pour défaut de préférer aux critères traditionnels de vérité et de compréhension. Le soucis est que la crise qui secoue les fondements épistémologiques de la science a exacerbé ces problèmes tout en amenuisant ses forces, et non l’inverse. L’idée que la science devrait rapprocher l’humanité de la vérité, ou même la rapprocher d’une compréhension d’ensemble plus élégante, se heurte aujourd’hui à l’approche "ta gueule et calcule" qui règne dans la façon concrète dont les sciences sont pratiquées.27 Qu’importe que la mécanique quantique produise plus de confusion que de compréhension,28 tant que les équations fonctionnent. De même, le rejet du critère de falsification a détourné les yeux des scientifiques ; ils observent de moins en moins la nature mais déploient leurs efforts dans diverses tâches plus ou moins fantaisistes. Par exemple, il y a toute une littérature dédiée à l’algorithmie quantique alors que les ordinateurs quantiques, censés leur servir de base matérielle, n’auront sans doute jamais plus qu’une puissance de calcul dérisoire.29 Certes, la situation générale et le ralentissement des découvertes fondamentales auraient finis par mener à cela de toute façon, l’explosion du coût des expériences forçant les chercheurs à se replier vers les abstractions, mais ça leur a donné une justification théorique et a passablement ralenti l’identification de la crise.
Cependant, maintenant que la science moderne a peu ou prou atteint ses limites, l’intérêt de tout miser sur le développement technologique est nettement moins clair. L’innovation n’ira pas beaucoup plus loin, de toute façon. La mort programmée de l’approche technolâtre, si elle produit de mauvaises choses, est aussi une opportunité. C’est l’occasion de changer de cap et de remettre la vérité et l’élégance au centre des préoccupations scientifiques. L’enjeu au cours des siècles à venir consistera moins à accumuler des données et des équations qu’à élaborer des modèles simples et harmonieux dans lesquels les inscrire. Nous pourrons aussi traiter certains des problèmes ouverts qui ont été négligés jusqu’ici.
À titre de comparaison, le modèle ancien était extrêmement élégant. Par exemple, on retrouvait la notion des quatre éléments aussi bien en alchimie qu’en astrologie, où chaque signe a un élément, qu’en médecine et en psychologie, où elle est à la base de la théorie des humeurs et des caractères. Le but serait de retrouver une pareille élégance, permettant à la fois de comprendre les sciences facilement et de les rentre interopérables, pour obtenir plus de penseurs généraux comme ceux de la Renaissance, mais sans pour autant rejeter les découvertes récentes ; il faudrait plutôt les intégrer dans une grande synthèse.
Comment procéder ? Nous allons devoir faire un détour dans notre explication. Plus tôt, nous avons dit qu’il n’y a pas de critère permettant de séparer les sciences des pseudo-sciences. Bien que ce soit vrai en théorie, il n’empêche qu’en pratique, les scientifiques ont beaucoup insisté sur celui du naturalisme méthodologique : la science doit expliquer les phénomènes naturels par des causes naturelles, sans toucher à la métaphysique, à la religion, etc.30 C’est un programme de recherches hautement spécialisé, et surtout optimisé pour la production de technologies, de la même manière que la musique musulmane est optimisée pour le développement du chant en interdisant les instruments.
Notons au passage que la simple existence de ce critère suffit à rendre ipso facto caduques caduques toutes les prétentions selon lesquelles la science aurait falsifié la religion, puisqu’elle exclue d’elle-même la spiritualité du champ des sujets dont elle puisse légitimement parler.31 La science moderne est comparable à un détecteur de métal : un outil spécialisé qui fonctionne très bien pour chercher une certaine classe de choses (des métaux ou des explications naturelles). En revanche, si l’on commence à se dire que cet outil peut sans doute tout détecter, on commet une erreur, et si l’on en conclut que ce qu’il ne détecte pas n’existe pas, on en commet une encore plus grave.
Il semblerait que nous ayons atteint une sorte de maximum local avec cette méthode. Pour filer les métaphores, nous avons développé le chant autant que la biologie humaine le permettait, nous avons collecté tout le métal de la zone. Si nous voulons faire mieux — en termes de compréhension, la technologie étant ce que nous avons maximisé —, nous allons devoir élargir nos horizons.
C’est comme si nous avions atteint le sommet d’une colline. D’où que nous nous tournions, nous ne pouvons que descendre. (C’est ce que signifie "maximum local".) Nous voyons une montagne au loin, qui nous permettra d’atteindre de nouveaux sommets. Autrement dit, le programme de recherches impliquera d’abord des pertes pour ensuite arriver à des gains plus grands.32
En cela, nous ne sommes pas sans prédécesseurs historiques. Bien que le "roman national" progressiste présente Galilée comme ayant été armé de faits scientifiques indéniables, et s’étant opposé à une Église qui ne se reposait que sur la Bible, la réalité historique est toute autre. En vérité, c’est Kepler qui fût le premier à produire un modèle héliocentrique satisfaisant, qui s’imposa ensuite lorsque Newton l’intégra à sa physique. Galilée, quant à lui, n’était armé que du modèle de Copernic, qui était encore moins élégant que le géocentrisme en vigueur, et d’observations peu claires réalisées à l’aide d’un télescope primitif et rudimentaire.33 Ses motivations étaient avant tout esthétiques, notamment son attrait pour Pythagore, qui croyait en une physique héliocentrique et exprimable en termes mathématiques.
Pour autant, il avait fait une véritable "révolution", la "révolution copernicienne", en quittant le maximum local de son époque, quitte à occasionner quelques pertes temporaires, et le pari a payé. Il nous faut maintenant faire l’opération en sens inverse en éliminant l’innovation dont il est l’auteur : le naturalisme méthodologique. En s’élevant contre l’Église, il a signé la déclaration d’indépendance des sciences vis-à-vis de la religion, qui est l’héritage qui nous empêche aujourd’hui d’intégrer les découvertes modernes au modèle ancien.34
Comme l’a dit René Guénon, à propos du glissement de sens du mot "physique"35 :
« Ce fait se rattache à la fragmentation que nous avons déjà signalée comme un des caractères de la science moderne, à cette « spécialisation » engendrée par l’esprit d’analyse, et poussée au point de rendre véritablement inconcevable, pour ceux qui en subissent l’influence, une science portant sur la nature considérée dans son ensemble. On n’a pas été sans remarquer assez souvent quelques-uns des inconvénients de cette « spécialisation », et surtout l’étroitesse de vues qui en est une conséquence inévitable ; mais il semble que ceux mêmes qui s’en rendaient compte le plus nettement se soient cependant résignés à la regarder comme un mal nécessaire, en raison de l’accumulation des connaissances de détail que nul homme ne saurait embrasser d’un seul coup d’œil ; ils n’ont pas compris, d’une part, que ces connaissances de détail sont insignifiantes en elles-mêmes et ne valent pas qu’on leur sacrifie une connaissance synthétique qui, même en se bornant encore au relatif, est d’un ordre beaucoup plus élevé, et, d’autre part, que l’impossibilité où l’on se trouve d’unifier leur multiplicité vient seulement de ce qu’on s’est interdit de les rattacher à un principe supérieur, de ce qu’on s’est obstiné à procéder par en bas et de l’extérieur, alors qu’il aurait fallu faire tout le contraire pour avoir une science possédant une réelle valeur spéculative. »36
27. Au sujet de cette approche, voir notamment l’essai "‘Shut up and calculate’: how Einstein lost the battle to explain quantum reality" de Jim Baggot.
28. Richard Feynman, qui est sans doute le physicien le plus célèbre de la seconde moitié du XXe siècle, a résumé cette situation en disant que « si vous pensez que vous comprenez la physique quantique, c’est que vous ne comprenez pas la physique quantique ».
29. Sur le sujet de l’informatique quantique, nous recommandons deux articles de Scott Locklin, "Quantum computing as a field is obvious bullshit" sur ce domaine en général et "Best quantum computing paper of 2025" sur l’état de ce domaine pour l’année indiquée, ainsi que les sources qu’il cite. Comme autre exemple de déviation, voir Sabine Hossenfelder, Lost In Math, qui traite de la physique.
30. Ce critère ne permet pas de justifier la classification conventionnelle. Il permet d’exclure le dessein intelligent de la liste des sciences légitimes mais n’a rien à opposer à l’ostéopathie, à la parapsychologie ou même à la dianétique. Ainsi, ce que nous disions plus haut sur l’impossibilité de justifier rationnellement la classification conventionnelle reste vrai.
31. Elle peut parler des manifestations matérielles de la religion, comme son histoire, sa sociologie, etc., mais pas de la véracité de ses doctrines. De même, elle peut aussi poser la question de l’efficacité de la prière, mais si celle-ci s’avère effectivement efficace, elle ne pourra pas accepter qu’il y a un effet surnaturel et devra chercher une cause matérielle. La même chose s’est produite pour l’effet placebo, par exemple.
32. Sur le même sujet, voir l’article "The Parable of Alien Chess" de Luke Smith.
33. Le philosophe des sciences Paul Feyerabend a fortement critiqué le "roman national" scientiste sur la question de Pythagore, notamment dans son livre Contre la méthode.
34. Pourquoi les intégrer au modèle ancien plutôt qu’à quelque chose de nouveau ? Tout d’abord, parce qu’il existe déjà et a amplement fait ses preuves au cours des siècles. Ensuite, il encourage la spiritualité, dont nous disons ailleurs qu’elle sera nécessaire au monde post-industriel. Finalement, il se base sur la métaphysique traditionnelle, qui est, dans l’ensemble, correcte.
35. Le terme grec "physis" signifie "nature". Par exemple, le terme grec "métaphysique" est en fait construit de manière symétrique au latin "surnature". Ainsi, quand Aristote parlait de la science physique, il voulait parler d’une science de la nature en général, ce qui est impensable à notre époque.
36. Guénon René, La Crise du Monde Moderne, chapitre IV "Science sacrée et science profane".
Conclusion
Il est probable que ceux qui voudront nous critiquer seront tentés de le faire sur la seule base de la section finale, où nous ne proposons qu’une modeste piste pour sortir de la crise, plutôt que de devoir affronter la copieuse documentation que nous avons accumulée tout au long de cette brochure. Celle-ci est d’ailleurs particulièrement longue parce que la crise de la science n’est pas quelque chose qui saute aux yeux ; presque personne n’en parle. Elle doit donc se démontrer de manière implacable par les chiffres. Cette démonstration est d’autant plus importante qu’il s’agit de l’une des principales idoles de la modernité ; beaucoup ont encore une foi aveugle en sa capacité à fournir des prodiges à la demande.
Non, "innovation" n’est pas un mot magique qui suffit à faire disparaître tous les problèmes, notamment ceux liés à l’environnement. Non, les futurs idylliques ou cauchemardesques de la science-fiction ne se produiront pas. Il n’y aura ni robots, ni civilisation galactique, ni même voitures volantes. La technologie n’ira pas beaucoup plus loin que les immeubles de bureau et les smartphones. Tout au plus, la médecine augmentera notre espérance de vie, car la modernité aime à nous maintenir plus longtemps dans sa prison sans barreaux.
Le constat est amer pour ceux qui avaient cru à toutes ces promesses, mais il est sans appel : la science, c’est bien fini.